Echange d’expériences à Laurac

Le colloque a été accueilli par la Maison A.I.M.E à Laurac

Le 22 mai 2010, se déroulait un colloque organisé par l’association Oasis en Tous Lieux, en partenariat avec l’association AVRIL (Accompagner, Valoriser, Relier les Initiatives Locales).

Une trentaine de personnes (élus, techniciens et porteurs de projets) ont répondu à l’invitation lancée par Oasis en Tous Lieux en vue de croiser les expériences d’habitat participatif menées en Bretagne et en Ardèche.

L’exemple breton : essaimage et professionnalisation

La démarche bretonne est exemplaire dans la mesure où élus et citoyens sont parvenus à tisser un réseau de l’habitat participatif capable de valoriser et promouvoir des alternatives durables en matière d’habitat.

Destinée aux élus, l’association BRUDED (Bretagne Rurale et rUrbaine pour un Développement Durable) regroupe ainsi environ 120 collectivités. Soutenue par la Région Bretagne (via le programme de promotion d’écologie urbaine Eco-Faur), l’ADEME et le Conseil Général du Finistère, l’association a créé 4 postes de permanents en télétravail qui ont pour rôles la mise en réseau, la diffusion de l’information et l’accompagnement des projets à travers l’aide à la recherche de financement et l’organisation de visites, comme celle du lotissement écologique de Bazouges sous Hédé. Autre projet en cours et tout aussi prometteur : l’éco-cité Pré Vert sur la commune de St Nolff dans le Morbihan avec la programmation de 138 logements sur une superficie de 6 hectares en lisière d’une zone verte protégée. Un habitat groupé pourrait s’intégrer dans ce projet de ZAC…

L'association PARASOL atteste du processus de professionnalisation de l'habitat groupé

L’association PARASOL (Participer pour un habitat solidaire) constituée de porteurs de projets se propose précisément d’articuler les efforts déployés par les élus d’une part (processus descendant) et ceux des futurs habitants (processus ascendant) de l’autre en vue de promouvoir et sensibiliser à l’habitat durable et solidaire et de  co-construire des services d’accompagnement des projets.

Un réseau basé sur le modèle BRUDED est en cours de création en Normandie.

Le Hameau des Buis : « être dans le faire »

Situé dans les Cévennes Ardéchoises, sur la commune de Lablachère

Face à une localité plutôt neutre, trois années se sont écoulées entre l’idée et le lancement du projet. En mai 2006, les autoconstructeurs donnent le 1er coup de pioche. Au programme, rénovation du mas puis démarrage du chantier en juin 2007 pour la construction de 20 logements. Si l’école (actuellement hébergée dans le mas réhabilité) reste au cœur du projet, le volet habitat s’est ensuite étoffé dans la perspective de créer un véritable lieu de vie. La volonté des membres de l’association de privilégier au maximum l’utilisation de matériaux locaux a débouché sur une « architecture de cueillette », soit la valorisation de matériaux naturels déjà présents sur le site : pierre, terre, sable et bois.

La journée s'est terminée par la visite du Hameau des Buis

La journée s'est terminée par la visite du Hameau des Buis

La préservation des arbres offre un haut confort thermique. Véritable prouesse logistique et technique, le Hameau des Buis fait figure de précurseur : l’équipe réussit à mobiliser une trentaine de volontaires chaque semaine moyennant un engagement minimum de 2 semaines et une participation de 5€/jour pour les frais d’hébergement. 1500 personnes se sont déjà relayées sur le chantier, y voyant l’opportunité de se former à l’autoconstruction écologique tout en participant à une aventure humaine enrichissante.

Laurent Bouquet, fortement impliqué dans le suivi technique du chantier a témoigné de son expérience en écoconstrution en soulignant notamment l’importance de la qualité de mise en œuvre lors des travaux afin de garantir une parfaite étanchéité à l’air. L’appui d’un bureau d’études thermiques a ainsi était déterminant.

Concernant l’aspect juridique et financier du projet, on notera une nouvelle fois le caractère inédit du montage : les associations « La Ferme des Enfants » et « RAISE » composent la société civile « Le Hameau des Buis ». La particularité réside dans le fait que les habitants des lieux ne seront pas associés mais créanciers de la société. En effet ils consentiront un prêt viager à la société civile qui leur octroiera en contrepartie le droit de jouissance d’un logement.

Plus d’informations sur ce projet : www.la-ferme-des-enfants.com

Méasolle : un concept reproductible d’éco-hameau

Situé dans la Vallée de l’Eyrieux, sur la commune de Saint-Michel-de-Chabrillanoux

Après avoir entrepris une reconversion professionnelle et s’être formée à la programmation et à la conception architecturale bioclimatique, Alja Daribère décide de lancer un projet d’éco-hameau sur cette petite commune de 280 habitants. Le maire y est favorable. Le terrain identifié a un coût raisonnable et le propriétaire est également sensible à l’idée. La conceptrice et future habitante élabore un cahier des charges pour 9 parcelles privées de 650 m² chacune et réalise un site internet afin de trouver les acquéreurs lotisseurs qui seront réunis au sein d’une association syndicale libre pour la gestion des communs : potagers, aire de baignade et maison commune… Ce dernier espace collectif pourra servir de lieu de réunion, de chambres d’amis et de chambres d’hôtes.

Conçu pour être reproduit, ce concept fait déjà des émules à Nozières et à St Jean Chambre, des écolieux en phase de lancement pour lesquels il reste encore des places…

Plus d’informations : http://www.measolle.com/

L’habitat participatif : quelles perspectives ?

La 2nde partie du colloque était consacrée à un échange entre les participants. Parmi les nombreux projets en cours, celui de la commune de St André Lachamp dont l’objectif est de permettre à des personnes avec peu de revenus de s’installer dans le hameau mais aussi de créer des activités économiques. La mairie a financé une étude de faisabilité en collaboration avec le CAUE, le pôle énergie, le carrefour de l’accueil et le centre de proximité de Rozières. L’un des problèmes identifiés réside dans la difficulté de lever des fonds de l’Etat pour financer la construction de logements sociaux. En effet, l’ANAH (agence nationale de l’habitat) qui définit les zones de construction de logement social a actuellement tendance à délaisser les zones qualifiées de « non tendues » au profit des grandes agglomérations. Cet arbitrage paralyse la réalisation de projets d’habitat durable dans des zones rurales. Le sud de l’Ardèche est particulièrement désavantagé concernant l’attribution d’aides pour  le logement social.

Un des membres d'Ecoravie a mis l'accent sur la vie du groupe et l'apprentissage du vivre-ensemble

Le projet Ecoravie est lui-même conditionné à la possibilité de construire une partie des logements en partenariat avec un bailleur social. Le témoignage d’Ecoravie s’est centré sur deux aspects : l’importance accordée aux relations humaines au sein du groupe et le rôle de la chargée de projet salariée par l’association. Les fonctions d’accompagnateur ont été déclinées à partir de la trame soumise en amont par Pierre-Yves Jan de l’association bretonne PARASOL : animation de la vie associative, constitution et gestion d’un pôle de ressources, accompagnement du groupe (approche psycho sociologique et engineering), interface avec les institutions, travail d’application juridico-financière et éventuellement appui à la programmation (établissement du cahier des charges). L’accompagnateur d’un projet d’habitat groupé joue donc un rôle important dans la concrétisation du projet mais participe également à la reconnaissance et à la structuration d’un mouvement plus large actuellement en phase de professionnalisation.

Selon Pierre- Yves Jan, si la terminologie pour caractériser ces projets dits de « cohabitat », d’ « habitat collectif », d’ « habitat groupé » ne s’est pas encore complètement stabilisée, cela révèle que la notion de « collectif » reste difficile à appréhender, renvoyant à un espace intermédiaire quelque part entre le privatif et le public. D’où l’importance d’œuvrer pour la modélisation d’outils capables d’aider à l’émergence d’un  nouveau rapport au territoire qui place l’intérêt général au cœur de la fonction d’habitat. On sait aujourd’hui que le droit français ne permet pas de sanctuariser les espaces communs. En revanche, force est de constater que cette absence de cadre ne bride pas la volonté de citoyens, d’élus et de futurs habitants de plus en plus nombreux à expérimenter de nouvelles pratiques.

La démarche bretonne démontre que la mise en réseau peut jouer un rôle d’accélérateur pour changer d’échelle, c’est-à-dire pour passer de l’élaboration de projets-pilotes isolés à une généralisation des projets d’écolieux.

Ainsi, cette journée d’échanges pourrait préfigurer un dialogue plus régulier entre porteurs de projets de Drôme et d’Ardèche afin de capitaliser les savoirs.

Liens utiles :

– Site de l’association Oasis en Tous lieux : www.oasisentouslieux.org

– Site de l’association AVRIL : www.association-avril.org

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1 Réponse

  1. GRT Ouest dit :

    Bonjour,

    Nous sommes heureux de cette rencontre interrégionale, entre Bretons et Ardéchois. Pour ceux qui souhaitent en savoir plus sur les dynamiques d’habitat groupé et solidaire en Bretagne, je vous invite à consulter le site du GRT Ouest: http://www.cohabitatsolidaire.org.
    Le GRT Ouest Réuni Habitants et, professionnels de l’accompagnement. C’est un réseau de coopération et de mutualisation au service des projets d’habitants et des collectivités.
    PARASOL, Echo-Habitants et Cohérence contribuent au sein du GRT Ouest à la promotion de l’Habitat groupé et solidaire.

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